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Un mal incurable

Publié le par Diluvien

Un mal incurable

   La sentence tomba comme un couperet : "Mais docteur, ce n'est pas possible. Il n'existe aucune solution ?". C'était Monique, la femme de Martin qui s'adressait au docteur, en tentant d'éviter le regard de son mari, encore sous le choc du diagnostic.

   "Non madame, je suis désolé. A part un miracle.

Mais vous ne vous rendez pas compte, ce n'est pas du tout ce qui nous avait été annoncé au début.

Je sais bien ma pauvre dame, cela arrive parfois que nous puissions nous tromper. Surtout avec cette forme de maladie.

Oui mais d'autant de temps quand même... ».

   Martin n’écoutait plus. Il était dans ses pensées. Comment envisager la suite. Il allait devenir un vrai boulet pour sa famille. Et puis financièrement comment faire.

   « Viens chérie, n’embêtons pas plus longtemps le docteur.

Mais Martin, nous ne pouvons pas nous arrêter là. Il faut nous battre ». Monique, qui s’était tournée vers lui pour lui répondre, eut d’un coup un regard différent. Elle approcha son visage du sien. « A moins que cela ne t’arrange ? Tu es content en fait, n’est-ce pas ? Lâche tu étais, lâche tu resteras. C’est si facile, finalement, d’accepter la première conclusion ».

   Comment pouvait-elle penser cela ? Martin était totalement désespéré au fond de lui. Les premiers signes de la maladie arrivaient d’ailleurs : la diminution rapide de l’amour de ses proches. C’était normal dans ces conditions, il le comprenait. Mais il ne pensait pas que cela arriverait si rapidement. C’est vrai après tout, qu’est ce qui avait changé depuis les cinq minutes qui les séparaient du moment ou il se trouvaient encore, lui et sa femme dans la salle d’attente. Elle était inquiète pour lui, elle avait peur de le perdre. Mais maintenant que sa maladie était identifiée elle était déjà agacée de la situation.

   Et ses enfants ? Comment allaient-ils réagir ? Ils allaient être fou de rage ! Une telle charge qui venait s’écrouler sur leurs épaules. C’est vrai, le docteur leur aurait annoncé 4 ou 5 ans encore. Mais là…

   Quand il se retrouvèrent dans la voiture, après avoir salué le docteur et marché silencieusement jusqu’au parking, Martin brisa la glace : « Je suis désolé, tu le sais. Je vais trouver une solution. Tu sais j’y avais déjà pensé. Je suis comme tout le monde, je m’étais déjà demandé comment je réagirais si cela devait nous arriver. J’ai vu comment cela a détruit la vie de nos voisins quand c’est arrivé à leur mère.

Je m’en rappelle, répondit Monique, une larme à l’œil, je ne veux pas que cela t’arrive Martin, je ne pourrai pas le supporter.

Moi non plus. Rien que d’y penser je panique. Mon cerveau n’arrive pas à digérer, voir même ingérer l’information. 60 ans ! Soixante longues années ! Monique, j’ai déjà 78 ans et j’en déjà ai marre.

Je sais bien mon pauvre Martin. Et ‘minimum’ qu’il a dit ! Ce n’est pas sérieux. Je pense qu’il se trompe.

C’est ce que nous disaient les voisins, et leurs enfants maintenant qu’ils ne sont plus là : ‘Vous verrez, demain elle ne sera plus là’. Et tous les matins qui voyons-nous gambader pour arroser les fleurs ou promener ses chiens ? La Mémé de plus de 180 balais… ».

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