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L'investissement humain

Publié le par Diluvien

L'investissement humain

   Pierrick attendait sur le pas de la porte que quelqu'un vienne lui ouvrir, sa sacoche en suspension à côté de lui (un peu trop haute, il n'arrivait jamais à bien régler son système antigravité, pas plus que son système de concentro-localisation ce qui fait qu'elle le précédait toujours un peu quand il marchait le forçant à adapter sa démarche de façon peu pratique). Même cette dernière semblait fébrile, dans l'attente du moment de la confrontation.

   Il est étrange comme dans ces moments, pensait-il, un soleil radieux pourtant si rassurant et apaisant en temps normal pouvait lui-même prendre un aspect menaçant et moqueur. Il devait penser à Camille, elle seule était capable de...

   "BRUM". La porte s'ouvrit brusquement, de façon automatisée semblait-il car personne ne se présentait derrière. Pierrick attendit un message sonore, mais rien. Et sa sacoche avait profité de l'absence de paroi pour s'avancer un peu, bien entendu. Il finit donc par la suivre.

   Le hall était immense, tout composé d'une matière qu'il ne reconnaissait pas, d'un gris-blanc étrange. Et tout semblait se fondre une seule masse dans laquelle se découpait des formes servant de décoration. Ici une sculpture, là un pot de fleur et le magnifique dessin du contour de son contenu fleural, mais toujours dans la même matière. Absolument, tout sauf de grand rectangle de lumières de la technologie STANTEN (fonctionnant de façon autonome en captant l'électricité statique, valant une fortune) projetant un éclairage dirigé de façon à dessiner la pièce et découper les différentes issues, au nombre de 4 : l'entrée derrière lui, une porte de chaque côté et un escalator très étroit lui faisant face.

   Pierrick commençait à avoir froid. Il savait bien que cela ne venait pas de la température ambiante mais bien du plus profond de lui-même. Et dans le même temps il se mit à transpirer. Les capteurs de ses vêtements eurent beau se mettre en marche pour récupérer cette matière précieuse qui serait ensuite recyclée, il sentait sa sueur sur sa chair. Il était écrasé par la puissance du lieu et sentait son peu de valeur pour le propriétaire.

   Quand il repensait au jour de la signature. Ce contrat. Il avait longtemps hésité mais la solution lui avait paru si idéale. Depuis qu'un agent bancaire était venu le voir pour lui proposer de devenir un investissement financier sa vie avait de toute façon prit un virage. L'idée s'était immédiatement ancrée dans son esprit. Des investisseurs plaçaient leur argent dans sa vie, finançant tout ce dont il avait besoin pour se créer une carrière. En échange ? Participer à la retraite de ces investisseurs plus tard en reversant une partie de son salaire très raisonnable. Mais le point noir : la non-réussite.... Au cas où il devenait sans revenus il devait ses services à ces personnes aussi longtemps qu’elles vivraient. Mais le banquier lui avait trouvé une solution idéale : un seul investisseur ! Cela limitait grandement même les risque de ce dernier point.

   Et puis tous ses amis avaient signé. Amis qui aujourd'hui avait bien eu raison de le faire car ils avaient tous connus de grandes carrières et ne devant quasiment plus rien au fil des décès de leurs investisseurs diminuant très régulièrement les rentes versées. Tous ces amis qui pourtant avaient bien moins leur chance que lui à l'époque, il surpassait tout le monde aussi bien intellectuellement que physiquement. Ce qui lui permettait d'avoir un contrat initial avec d'énormes primes et un faible pourcentage de ses revenus futurs. Et même Camille. Camille...

   Une voix se fit enfin entendre. "Mr Treste ? Pierrick Treste ?

   - Oui ?

   - Ici monsieur Prulick, inutile que je me présente, nous ne nous sommes jamais rencontrés mais nous sommes liés vous et moi. Je ne vous cache pas que j'ai été de déception en déception en vous suivant. Jusqu'à même ne pas accepter votre totale défaite en vous suicidant.

   - Mais..., Pierrick était interloqué, vous savez bien que si je me suicidais toutes personne m'étant liée (Camille...) devait prendre ma place...

   - Si vous saviez Pierrick, le nombre de femmes et d'enfants emplissent ces murs... Crois moi, beaucoup n'ont pas hésité. Enfin bref. Tu es maintenant miens. Mais tu as de la chance. Tu as une telle capacité à l'échec que j'ai une place en or pour toi.

   - Vous savez, je suis contraint de travailler pour vous mais...

   - STOP. Crois-moi je maîtrise tout aspect de notre contrat. Veux-tu voir à quel point ?"

   On entendit une sorte de claquement de doigts et d'un coup les murs se mirent à bouger, tout devint étrange. Et Pierrick découvrir avec horreur que cette 'matière' grise/blanche n'était autre des des hommes, femmes et enfants qui avaient chacun pris une place pour former l'ensemble qui l'entourait et se déplaçaient maintenant pour modifier la forme de la pièce, une partie prenant soin de déplacer l'étage supérieur et l'escalator l'accompagnant. Une fois ce spectacle fini les visages se refermèrent et la nouvelle pièce ainsi recrée prit une forme neutre, comme la précédente. De nouvelles formes avaient apparu dans la masse murale, telle qu'une fausse cheminée et même une table et une chaise. Il n'y avait maintenant plus qu'une seule porte. Pierrick n'avait pas bougé, sa mallette non plus (pour une fois).

   La porte s'ouvrit et un tout petit homme apparut, porté par une dizaine d'enfants. Ils l'approchèrent de la table et se muèrent en une espèce de trône, sans même qu'il ne change sa position en tailleurs, en face de la place libre.

   "Prenez place, très cher", invita -t'il son convive

   Pierrick prit place, sa mallette étant venue se coller à la table de façon incongrue.

   "Bien, je suppose que je vais rejoindre ces... 'murs'... n'est-ce pas ?

   - Non, répondit l'hôte avec un ton de fureur, sinon vous seriez déjà en cours de préparation pour aller rejoindre mes futures 'pièces' en cours de formation. Non, reprit-il d'un ton plus calme, j'ai un autre rôle pour vous, je vous l'ai déjà dit.

   - Qu'est ce qui me vaut l’honneur ? répondit Pierrick, plus parce qu'il ne savait pas quoi répondre, son cerveau était perdu d'effroi

   - Vous comprendrez bien que je n'en suis pas arrivé là par hasard mon cher. Il a fallu les organiser ces milliers d'échecs... En effet après avoir été un célèbre youtubeur et avoir empoché des sommes colossales j'avais déjà investi sur plus de 200 hommes et femmes, de quoi avoir une retraite plus que tranquille. Et YouTube a disparu. J'ai donc décidé d'investir sur d'autres personnes mais différemment. En provoquant leur échec. J'ai ainsi pris quelques-uns de mes anciens investissements humain, ait acheté quelques nouveaux et ai chargé les premiers d'organiser l'échec des seconds..."

... A suivre... Ou pas...

 

                                                                                                                               Diluvien

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